Pierre Pevel et la trilogie de Wielstadt

C’est via les suggestions d’amazon que je découvre Pierre Pevel. On me conseille d’abord les lames du cardinal. Un rapide coup d’œil au pitch me convainc d’acheter l’intégrale de Wielstadt, car je suis intriguée par l’histoire de dernier dragon que je lis au dos de couverture.

Nous suivons les aventures du chevalier Kantz, un homme mystérieux d’une quarantaine d’années, vivant dans la ville de Wielstadt, une ville protégée par un dragon, le dernier dragon d’orient. Bon, vous allez voir, en fait le dragon, il fait pas grand grand chose…. Mais ! Il y a un mais….

Ce que j’ai aimé :

Grosse surprise, quand j’avais lu le pitch, et l’histoire du dragon qui protégeait la ville, j’ai cru bêtement que le récit se passait au Moyen-âge.

C’est donc une surprise en découvrant que le dit chevalier vit dans l’Allemagne de 17èmesiècle.

Je vais de surprise en surprise en découvrant que les créatures sont donc bien différentes de celles dont j’ai l’habitude : centaures, faunes, fées, dragon, démons… Ces créatures me rappellent avec énormément de plaisir mon enfance et les récits mythologiques : Persée, Jason, Atalante, Hercule….

J’apprécie également le style : c’est fluide, bien écrit, et remarquablement documenté sur sur une période que je connais très peu, à savoir la guerre de religion en Allemagne, qui reste un fond historique original.

La quête du chevalier s’étale finalement sur trois romans, pour répondre à la question que l’on se pose depuis le début : qui est-il ? Pourquoi a t il ce pentacle dessiné sur la main ?  De quoi nous tenir en haleine jusqu’au bout, d’autant que le personnage est admirablement travaillé : humain mais puissant, tenace mais vulnérable, manquant d’empathie, mais mû par la volonté de protéger les innocents. On dirait un Aramis plongé dans une ville tortueuse ou les démons rôdent à chaque coin de rue. C’est pourtant l’âme humaine qui est la plus noire, car la vraie nemesis du chevalier Kantz est Reinecker qui n’hésite pas à menacer, violet, torturer et tuer. Il est pire que la plupart des démons que kantz aura affronté. C’est bien la nature humaine qui empoisonne la ville et est la porte ouverte aux démons. Et sur ce point là, je rejoins Pierre Pevel…

Ce que j’ai moins aimé :

Si les intrigues sont très bien ficelées, elles vampyrisent un peu le troisième tome, sans que la fantasy ne soit vraiment présente. Je ne veux pas faire de spoiler pour ceux qui ne connaissent pas, mais la seule présente vraiment surnaturelle, est l’identité de l’assassin, liée à l’identité du chevalier. Cela m’a fait pensé aux enquêtes de Nicolas Lefloch, de Jean François Parot. Certes, il y a Lilith, mais il n’y a pas de réelle confrontation avec le chevalier. Certes, il y a la question des Enochiens, mais des pans entiers de l’histoire du personnage du chevalier restent floues, et du coup, l’origine de ses pouvoirs surnaturels ne sont pas vraiment expliqués. La présence de centaures et de faunes reste, elle, anecdotique : en effet, ils n’ont pas vraiment de pouvoir surnaturel. Zacharios et les gardes du guet n’ont pas de réelle implication et force d’action sur les enquêtes que mène Kantz. Bien dommage. Il n’y a finalement que la petite fée Chandelle qui a un pouvoir magique qui semble aider Kantz dans le deuxième livre… mais on ne sait pas lequel ! La scène dans la clairière où Chandelle est appelée, ou appelle les autres fées de la forêt et pratiquent une sorte de soin magique sur Kantz. Je ne peux vous en dire plus, Pierre Pevel n’en écrit pas plus ! Assez frustrant car le rôle de Chandelle la petite fée, met de la légèreté dans le roman, mais ne se révèle utile que de rares fois. Et pas pour ses pouvoirs magiques. De même, la dame en rouge était une créature intéressante, mais n’est pas assez développée selon moi. Comment cette « émanation de la ville » est devenue vivante ? De chair et de sang ? L’est-elle seulement de chair et de sang ? et au fait, ce dragon…. Y’a personne qui a essayé de le tuer, ou de l’asservir, ou quoi que ce soit ? Là aussi, je suis frustréééééééée !

Du coup, en tournant la dernière page, je reste sur ma faim. Bon j’imagine que c’est fait exprès : mais en cherchant sur le net, nulle suite de prévue. Bien dommage… Car j’ai encore d’autres questions : Pourquoi la fée choisit-elle Kantz à la fin au lieu de Liliana ? Que va devenir le chevalier s’il n’a plus de pentacle ? Est-ce que finalement ça n’aurait pas été judicieux que le chevalier meure et que l’on connaisse son nom ? Pas son nom humain… l’autre nom. Liliana me semble peu armée pour reprendre le flambeau pour combattre Lilith, qui d’ailleurs a gagné, ce sont les mots de Kantz. Et c’est le dernier point que je trouve dommage : le personnage de Kantz est noir, solitaire, porte le poids du monde. Parfait, j’adore ce genre de personnage maudit. Mais le roman se termine sans rédemption possible ou envisageable pour lui. Aucune libération, ou lumière au bout du tunnel. Et si j’adore les romans de fantasy sombres, le lecteur a besoin, il me semble, de voir le personnage triompher pour de vrai, ou connaître une forme de rédemption, et d’apaisement, même s’il meurt.

Pour conclure sur ce roman de fantasy :

À noter que Pierre Pevel est l’un des rares écrivains français à être traduit en anglais.

Est-ce le signe d’une qualité supérieure par rapport aux autres romanciers tels que Mathieu Gaborit ou Michel Pagel ? Je ne crois pas. Je pense simplement que c’est une question de marketing : la fantasy de cape et d’épée est, il me semble, d’après mes recherches, inexistante dans le monde anglo saxon. À part l’Epouvanteur je ne vois rien. On en trouve d’avantage sous forme de film (Van Helsing, Hansel et Gretel, …) Or le truc de cape et d’épée est quelque chose de typiquement français : y’a pas à dire, on sait faire. Avis aux jeunes écrivains qui souhaitent se démarquer et percer dans le marché de la fantasy : écrivez de la fantasy cape et d’épée !!!

Enfin, quand on ferme le livre, on se prend à rêver de voir les aventures de Kantz  le chevalier exorciste portées au cinéma par un cinéaste de talent tel que Christophe Gans par exemple. J’avais adoré le Pacte des loups, film de cape et d’épée visuellement très réussi.

Bref, la trilogie de Wielstadt, j’ai adoré, et s’il y avait une suite, je la lirais sans hésiter.

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