La fille du roi des elfes de Lord Dunsany

Temps de lecture : 6 minutes

Beaucoup mentionnent le film Stardust (avec Claire Danes et Robert DeNiro) en rapprochant sa trame de La fille du roi des elfes. Et c’est normal Neil Gaiman a avoué s’être beaucoup inspiré de ce roman pour son film.

Mais ce petit roman de Lord Dunsany est une pépite de fantasy à part entière. Et fait intéressant, il a été précurseur à Tolkien. Facile à lire, l’écrivain Dunsany d’origine irlandaise nous livre une poétique description du monde. Ce que beaucoup considèrent comme un gentillet conte de fée est en réalité un roman qu’on peut relire à tout âge.

En résumé, Alveric part à la recherche du royaume enchanté pour enlever la princesse Lirazel, et l’épouser. Après une traversée d’une forêt encore plus malveillante que dans Blanche Neige, Alveric arrive au château…. où la princesse l’attendait, et choisit de partir avec lui. Alveric et Lirazel convolent, font un magnifique bébé nommé Orion. Le roi des elfes, bien décidé à retrouver sa fille, lance une incantation pour la ramener auprès de lui. Alveric, désespéré, part en quête de la forêt magique pour la retrouver. Il erre… tandis qu’Orion grandit, et découvre la forêt magique… puisqu’il est à moitié elfe.

Je m’étais lancé dans l’enregistrement en audio book du livre… même si j’ai mis ça de côté, vous aurez un avant goût de ce roman de fantasy avec ceci :

Audio book chapitre 1 La fille du roi des elfes

Ce que j’ai aimé dans La fille du roi des elfes

J’aime le relire pour la beauté du vocabulaire. Si Tolkien devait décrire en 5 pages un paysage, Lord Dunsany livre une page d’une puissance lyrique que je n’avais pas lu depuis des années. Le style sonne un peu vieux jeu, (plus personne n’écrit comme ça de nos jours). Mais c’est un délice. C’est comme regarder ces films en noir et blanc avec ce vocabulaire suranné et ces toilettes retro. Vous savez que ça n’existe plus, mais vous en redemandez encore. La fille du roi des elfes me donne cette impression : ce roman me donne un goût de la nostalgie d’un monde perdu, et du temps qui passe. Et c’est précisément la force de cette histoire : sa morale sur le temps qui passe, la beauté de Lirazel qui se flétrit, la mort, les gens qui oublient un monde qui a pourtant existé au pas de leur porte…. On prend La fille du roi des elfes pour un petit roman pas bien compliqué à lire. Et pourtant, cela n’enlève rien à sa profondeur sur le temps, la mélancolie d’un monde qui se retire… pour finalement se mélanger au nôtre. La fille du roi des elfes est le roman que vous lirez adolescents, et que vous lirez à vos enfants… qui re redécouvriront adulte avec d’autres yeux. Et puis vous verrez les elfes autrement que comme ça :

Ce que j’ai pas aimé dans La fille du roi des elfes

J’ai un problème avec la chasse… à la licorne. Sérieusement, Orion pourrait se focaliser sur les trolls, ou d’autres créatures malfaisantes. Mais non. Il se focalise sur les créatures les plus pures et les plus innocentes. C’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles personne n’a voulu adapter La fille du roi des elfes en film. Qui irait voir un film où des licornes se font tuer ?

Mais je soupçonne Lord Dunsany d’introduire une réflexion sur la nature humaine : car Orion est à moitié elfe, moitié humain. Il est donc attiré par le royaume magique, sans toutefois pouvoir y appartenir totalement. Et c’est bien typique de l’être humain que de vouloir détruire ce qu’il ne peut posséder. La licorne étant le symbole de la vie, de la pureté, de la longévité, sa chasse est un écho à la quête désespérée d’Alveric parti chercher sa bien aimée, et qui vieillit, et tombe presque dans la démence. Et ben oui Alveric, fallait prendre soin de Lirazel tête d’âne ! Une princesse elfe, ça se bichonne !

Pour conclure…..

En résumé cher clan, ce petit bijou de littérature de fantasy vous suivra. C’est un de ces romans qu’on garde et qu’on relit à tout âge, comme le Hobbit de Tolkien d’ailleurs. Cette histoire bien ficelée, qui vous tient jusqu’au bout, vous laisse ce parfum de poésie, et comme la nostalgie du Royaume enchanté.

Diane McNeele

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Le cycle Ogier d’Argouges de Pierre Naudin

Temps de lecture : 5 minutes

Cette grande fresque médiévale est composée de sept volumes pour des décennies d’histoire

  • T1 Les lions diffamés
  • T2 Le granit et le feu
  • T3 Les fleurs d’acier
  • T4 La fête écarlate
  • T5 Les noces de fer
  • T6 Le jour des reines
  • T7 L’épervier de feu

Le résumé du cycle Ogier d’Argouges

A travers le personnage imaginaire d’un chevalier normand Ogier d’Argouges , l’auteur nous fait traverser une partie de l’époque troublée de la guerre de 100 ans avec une précision historique remarquable.
De la bataille de l’Ecluse en 1340 où la flotte française est anéantie (non par la puissance de la flotte anglaise mais par l’intelligence et le pragmatisme des chefs britanniques) à celle de Crécy le 26 août 1346 où une nouvelle fois le roi de France Philippe VI sera mis en déroute à cause de son entêtement. Pierre Naudin nous éclaire sur les raisons profondes de cette guerre ponctuée de trêves mais qui dura 117 ans pour être exacte !

Ogier d’Argouges venant d’une famille diffamée à la suite d’un complot guerroie en permanence lors de joutes et de tournois , lors de sanglantes batailles contre les anglais et leurs mercenaires pour restaurer son nom et l’honneur de sa famille et tel Edmond Dantes , la vengeance sera le fil conducteur de son aventure.

Ce que j’ai aimé dans le cycle Ogier d’Argouges

La description de la vie à l’époque médiévale ; le poids de la religion, les mœurs, la nourriture consommée à l’époque , la terreur du peuple face aux bandes de routiers , l’horreur de la peste noire etc…
La manière dont l’auteur dépeint en quelques mots certains personnages vaut toutes les caricatures: la veulerie, la fourberie, la brutalité, l’orgueil, le sens de l’honneur.
La précision historique dans le récit des combats lors de sièges de forteresses , de la vie dans ces mêmes forteresses assiégées, de la cruauté des assaillants une fois la victoire remportée.

Ce que je n’ai pas aimé dans le cycle Ogier d’Argouges

Les trop longs états d’âmes du chevalier Ogier d’Argouges lorsqu’il s’aperçoit peu de temps après son mariage que sa femme Blandine n’est pas faite pour lui… ou qu’il n’est pas fait pour elle !

Voilà un roman qui n’est pas de la fantasy, et sur ce blog je ne vous parle que de ça, en général. MAIS ! Si vous aimez le Moyen-Age, les descriptions minutieuses, le cycle Ogier d’Argouges vous ravira. Surtout si vous avez une jambe cassée ou que vous avez quelques semaines devant vous à rester au lit. Idéal aussi pour les apprentis écrivains de fantasy, ce cycle Ogier d’Argouges est une leçon d’histoire : de quoi apprendre le vocabulaire, la façon de vivre à l’époque, pour donner toute la profondeur et l’authenticité à vos romans de fantasy !

Voilà le clan, un cycle qui vaut le détour pour le féru de moyen âge que vous êtes.

Diane McNeele

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Les chroniques de Spiderwick

Temps de lecture : 3 minutes

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Oyé cher clan, avez vous pensé à préparer votre descendance à son héritage imaginaire ? Je veux parler des fées, des gobelins, des trolls, et de tout le merveilleux que ça peut être pour un enfant de grandir avec ces compagnons de jeu imaginaires. 

Aujourd’hui, je vous parle des Chroniques de Spiderwick, un des films fantasy de mon enfance.

Une saga fantastique au succès mondial

Les Chroniques de Spiderwick est un film fantastique réalisé par Mark Waters avec le cutissime Freddi Highmoren Nick Nolte, et Marie Louise Parker. Ce film d’aventure pour enfants entre une maison et une forêt magique, a été adapté de la saga fantastique écrite par Holly Black et illustrée par Tony DiTerlizzi, en 5 tomes.

Le pitch ? Helen Grace est en instance de divorce et retourne avec ses trois enfants, dans une maison familiale dont elle a hérité. L’occupante précédente, une tante, a sombré dans la folie et est enfermée en maison de retraite psychiatrique. Depuis toujours, elle prétend que son père a été enlevé par des êtres féériques.

Bande annonce les chroniques de Spiderwick

Ce que j’ai aimé

Cela faisait une éternité que j’avais pas regardé les Chroniques de Spiderwick. Je me rappelais vaguement l’intrigue, mais surtout, je me rappelais de cette maison vivante dans les murs… grâce au farfadet. 

C’est la force de ce film, c’est qu’il est tout à fait adapté aux enfants, et à leur psychologie. Pour un ado ou un adulte, ça se regarde du coin de l’oeil, mais c’est un film fantastique pour un gamin :

la place de la maison est cruciale dans le récit. C’est au début tout ce que je déteste Simon, le héros des Chroniques de Spiderwick. Si bien, qu’il détruit un mur de la cuisine… et découvre que la maison est gardée par un farfadet, qui est un espèce de gardien. Vous le savez peut-être pas, mais lorsqu’on demande à un enfant de dessiner une maison, c’est souvent sa personnalité qu’il dessine : les yeux sont les fenêtres, la porte est la bouche, le grenier est l’inconscient, la cave est le subconscient etc… 

Ici, de poussiéreuse maison abandonnée, elle devient le seul refuge contre le monde extérieur, et notamment les créatures qui veulent se saisir du livre crée par William Spiderwick, un chercheur. Simon veut que son monde ne change pas : il veut que ses parents redeviennent un couple, et refuse de s’ouvrir au monde et à la nouveauté. 

Pourtant le personnage évolue, prend des risques dans sa rébellion, et son agressivité se transforme au fil de sa quête. 

J’ai aimé aussi la place du père, plutôt bien travaillée, alors que le père est absent, si ce n’est au téléphone : ce n’est pas étonnant que le méchant prenne l’apparence du père à la fin pour tenter d’infiltrer le nouveau foyer de Simon. Mais le jeune garçon n’est plus totalement innocent, a appris à défendre les choses qui en valaient la peine, et a comme ouvert les yeux sur la réalité de la nature humaine. 

J’ai moins aimé

Le seul regret que j’ai est la suite qui n’a pas été tournée. Quel dommage… Mais peut être le film a été balayé par le succès d’Harry Potter sorti à la même époque.

Honnêtement, il n’y a rien dans les Chroniques de Spiderwick que j’aurais à redire: en tant qu’adulte, c’est clairement un film que je ne regarderai pas de nouveau, ayant passé l’âge. Mais c’est un film que je ferai découvrir à ma nièce avec plaisir… lorsqu’elle n’aura plus la trouille du noir hein. Je vais attendre un peu.

Pour conclure

Si vous avez des enfants entre 5 et 12 ans, les Chroniques de Spiderwick est idéal pour une soirée cinéma fantastique en familles. De plus, la saga littéraire (que je n’ai pas lu pour être honnête) a été merveilleusement illustrée par Tony DiTerlizzi: et ceci m’a clairement marquée car pour mon propre univers Mémoires d’Hizaion, j’ai eu la même envie, d’inviter les lecteurs dans mon univers en les immergeant dans des visuels

Et vous ? Quel sont les films de votre enfance ?

Salutations le clan et à très vite pour une autre pépite du monde de la fantasy.

Diane McNeele.

Les Chroniques des Elfes de Jean-Louis Fetjaine

Ce que j ai aimé :

La longueur de la trilogie: il faut dire que j’ai acheté direct la trilogie des éditions…… je déteste être frustrée. Mauvais souvenir de la sortie très médiatisé et marketé d’harry potter. 
La longueur des 3 livres permettent d’entrer dans l’univers d’heroic fantasy dessiné par Jean Louis Fetjaine.  Un univers de fantasy qui colle à Tolkien puisque Fetjaine réutilise les créatures traditionnelles et habituelles : elfes, orcs, gobelins, nains, humains et l’écrivain va même jusqu’à réutiliser le sindarin, la langue elfique créée par le linguiste émérite qu’était Tolkien.  Juste wow.

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J’ai aimé cet hommage et la volonté de s’inscrire dans cette tradition. 

J’ai beaucoup aimé l’insertion de passages du Tuatha de Danna (une épopée digne des grands mythes greco latin)
Le tuatha de danna est ainsi un texte explicatif rythmant les débuts de chapitre: on découvre, morceau par morceau un texte dont l’action, on le devine au fur et a mesure, est une prequelle du recit de jean louis fetjaine. Brillant. Car non seulement l’écrivain inscrit son roman dans la tradition de tolkien mais aussi dans la lignée du tuatha de danna.
Il faut attendre le dernier chapitre et notamment l’épilogue pour découvrir les origines de Merlin. Jean Louis Fetjaine a écrit une suite que je n’ai pas encore lue. Mais ça sent bon l’intrigue bien pesée, d’autant que le personnage de Pelhehun me semble bien fourbe à loisir. Le genre de gars qui refuse les duels et poignarde dans le dos. Bref, le genre de gars à qui vous avez envie de faire tâter de votre hâche.

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Si vous aimez les personnages un peu,  voire carrément bitch, en demi teinte, genre Cercei de Game of Thrones, je vous recommande la trilogie des elfes. 

Le truc puissant dans ce roman de fantasy, c’est qu’on sent le monde plus large sur lequel repose l’histoire. Bon moi, avec mon roma,n j’ai fait les choses à ma manière, en créant mes monstres et créatures mais ce qu’a fait Jean Louis Fetjaine est carrément intelligent et éducatif. Combien d’ados ont alors lu le Tuatha de Danna ? A une époque où les politiques voudraient faire croire aux français qu’ils sont tous de culture méditerranéenne ? Gros lol.
Allez pour l’aspect politique je m’arrête là. 

J’ai moins aimé 

Le côté immédiatement sexualisé de Lilianne m’a parfois gêné. Je suis assez partagée sur l’image de la femme dans la fantasy: c’est souvent des femmes avec des tenues ultra sexy et pas du tout réalistes. Qui va au combat dans la joie et la bonne humeur avec une armure qui couvre que les seins ??

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Et de même jean louis Fetjaine décrit des scènes pas très crédibles même pour de la fantasy : Liliane se dénude les seins et lève les bras pour invoquer le pouvoir des runes… au milieu d’une bataille. Et elle échappe elle ne sait trop comment, prise par la transe. Et nous non plus d’ailleurs.
Mais la fantasy fait rêver : et comme les femmes sont le sujet de rêverie de prédilection des hommes… (pour pas dire une fixette hein) et que la fantasy mise en avant est souvent celle des hommes, ça passe crème pour la plupart des lecteurs. Sauf que moi même écrivain, je me la pose cette question : comment écrire un personnage féminin qui soit pas trop gnangnan ? Comment écrire une scène d’amour qui reste crédible ? Comment faire un personnage féminin fort… mais pas trop masculine ? GR Martin dans Game of Thrones l’a très bien fait avec Cercei la bitch avide de pouvoir toujours élégante. Et avec Margerye elle aussi avide de pouvoir, et de sexe. Et avec Sansa que je trouvais trop con au début et que finalement j’aime bien. Bon Georges Martin, la vérité, il est trop fort.

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Pour conclure

La violence est présente, les combats particulièrement bien décrits notamment dans les manœuvres militaires : et c’est difficile à écrire car il faut être technique et continuer de raconter l’histoire en même temps.
J’ai adoré le personnage de Lilianne malgré tout : vulnérable et sensible, forte et impitoyable, courageuse et indépendante. 
Et le personnage de Maeholas est à la fois inquiétant, détestable dans ses actes et attachant dans ses réactions. Il fait une parfaite nemesis pour Lilianne, tout en étant attiré par elle. Et ça, j’adore. Je pressens une fin terrible pour Maheolas, et la suite de l’aventure pour le roi humain Pelhehun m’intrigue. D’autant plus que le personnage de Merlin fait son apparition à la fin. L’écriture est fine, ciselée, les personnages même s’ils foisonnent,  et qu’on ne peut s’attacher à tous, très bien construits.
La trilogie des elfes nous laisse un petit goût de mélancolie, car l’histoire est racontée de telle façon qu’il fait partie de notre passé : juste après l’irruption de l’église et avant le début des légendes arthuriennes. Un gout de reviens-y. Ça tombe bien il y a une suite et je la commence le mois prochain. 

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Salut le clan, à très vite !

Diane Mc Neele

Pierre Pevel et la trilogie de Wielstadt

C’est via les suggestions d’amazon que je découvre Pierre Pevel. On me conseille d’abord les lames du cardinal. Un rapide coup d’œil au pitch me convainc d’acheter l’intégrale de Wielstadt, car je suis intriguée par l’histoire de dernier dragon que je lis au dos de couverture.

Nous suivons les aventures du chevalier Kantz, un homme mystérieux d’une quarantaine d’années, vivant dans la ville de Wielstadt, une ville protégée par un dragon, le dernier dragon d’orient. Bon, vous allez voir, en fait le dragon, il fait pas grand grand chose…. Mais ! Il y a un mais….

Ce que j’ai aimé :

Grosse surprise, quand j’avais lu le pitch, et l’histoire du dragon qui protégeait la ville, j’ai cru bêtement que le récit se passait au Moyen-âge.

C’est donc une surprise en découvrant que le dit chevalier vit dans l’Allemagne de 17èmesiècle.

Je vais de surprise en surprise en découvrant que les créatures sont donc bien différentes de celles dont j’ai l’habitude : centaures, faunes, fées, dragon, démons… Ces créatures me rappellent avec énormément de plaisir mon enfance et les récits mythologiques : Persée, Jason, Atalante, Hercule….

J’apprécie également le style : c’est fluide, bien écrit, et remarquablement documenté sur sur une période que je connais très peu, à savoir la guerre de religion en Allemagne, qui reste un fond historique original.

La quête du chevalier s’étale finalement sur trois romans, pour répondre à la question que l’on se pose depuis le début : qui est-il ? Pourquoi a t il ce pentacle dessiné sur la main ?  De quoi nous tenir en haleine jusqu’au bout, d’autant que le personnage est admirablement travaillé : humain mais puissant, tenace mais vulnérable, manquant d’empathie, mais mû par la volonté de protéger les innocents. On dirait un Aramis plongé dans une ville tortueuse ou les démons rôdent à chaque coin de rue. C’est pourtant l’âme humaine qui est la plus noire, car la vraie nemesis du chevalier Kantz est Reinecker qui n’hésite pas à menacer, violet, torturer et tuer. Il est pire que la plupart des démons que kantz aura affronté. C’est bien la nature humaine qui empoisonne la ville et est la porte ouverte aux démons. Et sur ce point là, je rejoins Pierre Pevel…

Ce que j’ai moins aimé :

Si les intrigues sont très bien ficelées, elles vampyrisent un peu le troisième tome, sans que la fantasy ne soit vraiment présente. Je ne veux pas faire de spoiler pour ceux qui ne connaissent pas, mais la seule présente vraiment surnaturelle, est l’identité de l’assassin, liée à l’identité du chevalier. Cela m’a fait pensé aux enquêtes de Nicolas Lefloch, de Jean François Parot. Certes, il y a Lilith, mais il n’y a pas de réelle confrontation avec le chevalier. Certes, il y a la question des Enochiens, mais des pans entiers de l’histoire du personnage du chevalier restent floues, et du coup, l’origine de ses pouvoirs surnaturels ne sont pas vraiment expliqués. La présence de centaures et de faunes reste, elle, anecdotique : en effet, ils n’ont pas vraiment de pouvoir surnaturel. Zacharios et les gardes du guet n’ont pas de réelle implication et force d’action sur les enquêtes que mène Kantz. Bien dommage. Il n’y a finalement que la petite fée Chandelle qui a un pouvoir magique qui semble aider Kantz dans le deuxième livre… mais on ne sait pas lequel ! La scène dans la clairière où Chandelle est appelée, ou appelle les autres fées de la forêt et pratiquent une sorte de soin magique sur Kantz. Je ne peux vous en dire plus, Pierre Pevel n’en écrit pas plus ! Assez frustrant car le rôle de Chandelle la petite fée, met de la légèreté dans le roman, mais ne se révèle utile que de rares fois. Et pas pour ses pouvoirs magiques. De même, la dame en rouge était une créature intéressante, mais n’est pas assez développée selon moi. Comment cette « émanation de la ville » est devenue vivante ? De chair et de sang ? L’est-elle seulement de chair et de sang ? et au fait, ce dragon…. Y’a personne qui a essayé de le tuer, ou de l’asservir, ou quoi que ce soit ? Là aussi, je suis frustréééééééée !

Du coup, en tournant la dernière page, je reste sur ma faim. Bon j’imagine que c’est fait exprès : mais en cherchant sur le net, nulle suite de prévue. Bien dommage… Car j’ai encore d’autres questions : Pourquoi la fée choisit-elle Kantz à la fin au lieu de Liliana ? Que va devenir le chevalier s’il n’a plus de pentacle ? Est-ce que finalement ça n’aurait pas été judicieux que le chevalier meure et que l’on connaisse son nom ? Pas son nom humain… l’autre nom. Liliana me semble peu armée pour reprendre le flambeau pour combattre Lilith, qui d’ailleurs a gagné, ce sont les mots de Kantz. Et c’est le dernier point que je trouve dommage : le personnage de Kantz est noir, solitaire, porte le poids du monde. Parfait, j’adore ce genre de personnage maudit. Mais le roman se termine sans rédemption possible ou envisageable pour lui. Aucune libération, ou lumière au bout du tunnel. Et si j’adore les romans de fantasy sombres, le lecteur a besoin, il me semble, de voir le personnage triompher pour de vrai, ou connaître une forme de rédemption, et d’apaisement, même s’il meurt.

Pour conclure sur ce roman de fantasy :

À noter que Pierre Pevel est l’un des rares écrivains français à être traduit en anglais.

Est-ce le signe d’une qualité supérieure par rapport aux autres romanciers tels que Mathieu Gaborit ou Michel Pagel ? Je ne crois pas. Je pense simplement que c’est une question de marketing : la fantasy de cape et d’épée est, il me semble, d’après mes recherches, inexistante dans le monde anglo saxon. À part l’Epouvanteur je ne vois rien. On en trouve d’avantage sous forme de film (Van Helsing, Hansel et Gretel, …) Or le truc de cape et d’épée est quelque chose de typiquement français : y’a pas à dire, on sait faire. Avis aux jeunes écrivains qui souhaitent se démarquer et percer dans le marché de la fantasy : écrivez de la fantasy cape et d’épée !!!

Enfin, quand on ferme le livre, on se prend à rêver de voir les aventures de Kantz  le chevalier exorciste portées au cinéma par un cinéaste de talent tel que Christophe Gans par exemple. J’avais adoré le Pacte des loups, film de cape et d’épée visuellement très réussi.

Bref, la trilogie de Wielstadt, j’ai adoré, et s’il y avait une suite, je la lirais sans hésiter.